Ce mois-ci, nous partons à la rencontre de l’un de nos apprenants de la formation globale des dirigeants et managers (GDM). Une façon de montrer la diversité des profils et de mettre en lumière les parcours et les histoires qui composent nos promotions, au fil des ans.
Parmi eux, Yann Romeiro, nouveau dirigeant d’une entreprise landaise fondée en 1947, incarne une reprise exigeante, ancrée sur le territoire et tournée vers l’industrie de demain. Il a rejoint la 10ème promotion de GDM en octobre dernier.
Un parcours d’ingénieur forgé dans l’aéronautique
Originaire des Landes, Yann était au lycée Borda à Dax avant d’intégrer l’IUT puis l’ENI de Tarbes. Grâce à ses stages, il multiplie ses premières expériences dans la filière aéronautique et débute ainsi sa carrière au sein d’Airbus.
Chef de projet puis responsable amélioration continue à Mérignac et à Rochefort puis manager de production, il encadre une quarantaine de personnes sur deux lignes de fabrication d’éléments d’avion.
Après une dizaine d’années à faire ses armes en management dans la rigueur de l’industrie aéronautique, sa vie professionnelle et personnelle l’amènent à revenir dans les Landes, proche de sa famille.
Une entreprise familiale au cœur de l’industrie locale depuis 1947
L’entreprise qu’il s’apprête à reprendre est une figure solide du paysage industriel local.
« La chaudronnerie Serelle, a été créée en 1947 par M. Serelle, un inventeur, touche à tout et originaire de la région parisienne, qui avait déposé un brevet emblématique, la roue de brouette à bâtons, une innovation à l’époque ».
M. Serelle a par la suite investi dans la création de son entreprise de chaudronnerie, à Magescq sur le site d’une ancienne scierie, à proximité de la voie ferrée, où il fabrique d’abord des chariots de gare.
Longtemps positionnée sur les marchés publics, la société évolue progressivement vers le privé, modernise son outil de production dès les années 1990 avec l’un des premiers lasers du secteur, puis diversifie ses marchés. En 2006, deux salariés, dont Joaquim Romeiro le père de Yann, reprennent l’entreprise et accélèrent l’investissement industriel : robot de soudure, peinture, équipements de découpe et de pliage de haute précision.
Aujourd’hui, l’entreprise emploie près de 20 personnes et travaille pour une clientèle majoritairement nationale, dans des secteurs variés : aéronautique, ferroviaire, textile, bâtiment, énergie, agriculture, aménagement ou encore création artistique.
Un incendie : reconstruire, structurer, se projeter
Un événement va accélérer le passage de relais. En 2021, un incendie détruit la partie principale de l’usine. L’origine de l’incendie est accidentelle, mais les conséquences sont majeures : tout un bâtiment est à reconstruire. Yann, qui connaissait bien l’entreprise notamment en y travaillant, plus jeune, pendant les vacances scolaires, est appelé par les dirigeants pour piloter la création du nouveau site. Derrière cette mission se dessine une perspective plus large : préparer la reprise de l’entreprise à moyen terme.
Il mène alors une étude complète de réimplantation : organisation des flux, co-conception des postes de travail et projection des besoins futurs. Chaque espace est pensé avec les équipes pour concilier performance industrielle, ergonomie, sécurité et conditions de travail.
« Aujourd’hui, nos trois bâtiments ont été adaptés et sont devenus un lieu de visite lorsque nous recevons nos clients. Ils sont agréablement surpris de ce qu’ils y trouvent ; c’est important car cela met en avant notre fonctionnement. Nos valeurs doivent se voir dans notre organisation pour être perçues par nos clients : rigueur, efficacité et flexibilité. »
Aussi, depuis 2022, Yann a initié la mise en place d’un ERP (Enterprise Resource Planning ou planification des ressources d’entreprise) et cela a marqué une nouvelle étape dans le développement de Serelle. En trois ans, l’entreprise est passée d’un fonctionnement plus artisanal à une organisation industrielle structurée grâce à un pilotage plus fin de l’activité et une vision claire de l’avancement et des coûts, sans pour autant renier ses valeurs humaines.
« Chaque collaborateur dans l’entreprise contribue par ses gestes, ses actions au quotidien à la satisfaction de nos clients. Nous formons une chaine au service de leurs projets ».
Une exigence guidée par un positionnement fort
L’ADN de l’entreprise repose sur une maîtrise complète de la chaîne de valeur : conception, prototypage, fabrication en série, découpe laser, soudure, thermolaquage et traitement de surface. Un positionnement qui permet de garantir qualité, délais et coûts, avec des cycles de production raccourcis.
Cette exigence se reflète aussi dans la durabilité des produits qui a su fidéliser une clientèle d’industriels faisant confiance à Serelle depuis plus de 30 ans. Certains clients recontactent l’entreprise des décennies plus tard, impressionnés par la longévité de leurs équipements. Une reconnaissance directe du savoir-faire industriel, devenu un avantage concurrentiel fort.
« Pour la petite anecdote, un client nous a contacté pour refabriquer des chariots de gare qui avaient été réalisés chez nous des dizaines d’années auparavant. Il a vu notre nom dessus et nous a recherché car le chariot sorti de nos ateliers était encore en meilleur état que ceux fabriqués plus récemment ».
Transmission et développement : les défis à venir
Le premier enjeu est clair : se développer commercialement en continuant à s’appuyer sur l’ERP pour orienter les efforts là où ils sont les plus stratégiques.
L’autre challenge portera sur le recrutement de profils qualifiés, polyvalents et investis sur du long terme. En 2025, l’entreprise a signé son premier contrat d’apprentissage. Un choix stratégique guidé par la volonté de transmettre les savoir-faire et de fidéliser sur du long terme : la qualité du recrutement étant l’une des préoccupations pour les années à venir.
Yann revendique un management collaboratif, hérité de ses années en amélioration continue. Pour lui, l’implication des équipes est centrale afin d’offrir une organisation plus souple et stimulante pour les collaborateurs. L’entreprise affiche une ancienneté moyenne de 18 ans, un turnover très faible et des conditions de travail pensées sur le long terme.
Deux années pour se structurer et se développer : la mission de la formation GDM
Par son parcours, son projet de reprise et sa vision stratégique, Yann illustre les enjeux abordés au sein de la formation GDM : structuration de l’entreprise, pilotage de la croissance, management, développement commercial ou encore, pérennisation du modèle économique.
« J’avais pour projet de reprendre l’entreprise et c’est un « métier » que je n’ai pas encore pratiqué. Je me suis tourné vers GDM pour la complétude des thèmes abordés […] Je voulais avoir des éléments dans mon bagage de façon à être armé face aux nouveaux enjeux qui arrivent avec ma prise de poste.
La formation me permet d’avoir des points de vues différents. Depuis le début, j’ai pu affiner mes analyses et plan d’action. C’est complémentaire.
Ce que j’attends le plus pour la suite de la formation, c’est le côté critique et développement de mon projet personnel. Je n’attends pas que l’on me dise « oui c’est bien » mais qu’on me challenge sur certains points. »
Mettre en lumière Yann au sein de l’entreprise Serelle, c’est montrer que la formation GDM s’adresse aussi à des dirigeants industriels, porteurs de projets de reprise et de développement économique à impact territorial. Merci Yann pour cet échange !